Mode d'exercice

Remplacement, collaboration ou installation : quel mode d'exercice choisir ?

Par l'équipe PilotKinéPublié le Mis à jour le 10 min de lecture

Vérifié le 14 octobre 2026 auprès des sources officielles.

Mis à jour le 27 octobre 2026 · Prochaine vérification prévue le 14 avril 2027. Les règles évoluent : contrôle toujours la source officielle avant d'envoyer un dossier.

En sortant de l'école, beaucoup de kinés commencent par des remplacements, puis deviennent assistants ou collaborateurs, avant de s'installer comme titulaires. Chaque étape est une activité libérale à part entière, avec ses démarches, son contrat et ses pièges.

Le point à retenir

Ces modes d'exercice sont tous libéraux : tu déclares une activité, tu cotises à l'Urssaf et à la CARPIMKO. Ce qui change, c'est ta patientèle, ce qui circule entre toi et l'autre kiné, et le contrat que l'Ordre doit recevoir.

Qui encaisse les honoraires d'un collaborateur libéral. La règle veut que le collaborateur perçoive lui-même les honoraires de ses patients, puis rétrocède la part prévue au contrat. Branche conforme : le collaborateur encaisse puis rétrocède. Branche à risque : le titulaire encaisse puis reverse, et le contrat peut alors être requalifié en contrat de travail. Dans tous les cas, la redevance versée au titulaire doit correspondre aux frais réellement exposés.
Le sens du flux d'honoraires n'est pas un détail comptable : c'est ce qui distingue une collaboration d'un emploi déguisé.

Les quatre modes, côte à côte

RemplaçantAssistant libéralCollaborateur libéralTitulaire
Patientèle propreNon, il soigne celle du remplacéNon, il y renonce expressémentOui, il peut la développerOui
Ce qui circuleUne rétrocession d'honoraires avec le remplacéUne redevance au titulaireUne redevance ou une rétrocession au titulaireIl perçoit les redevances éventuelles
ContratContrat de remplacementContrat d'assistanat libéralContrat de collaboration libéraleSelon la structure (bail, statuts, contrats avec ses collaborateurs)
DuréeTemporaire par natureDéterminée ou indéterminéeDéterminée ou indéterminéeSans terme
ConventionnementDans le cadre conventionnel du remplacéConventionnéConventionnéConventionné, selon le zonage

Remplaçant

Le remplaçant soigne les patients d'un kiné absent, de façon temporaire et personnelle. L'Urssaf rappelle qu'il n'est pas conventionné en son nom mais exerce dans le cadre conventionné du remplacé. Avant tout remplacement, il effectue les mêmes démarches qu'un praticien en début d'activité.

L'Ordre fixe des exigences de forme et de fond :

  • informer préalablement ton conseil départemental du remplacement, sauf en cas d'urgence, en indiquant le nom et la qualité du remplaçant, les dates et la durée ;
  • communiquer le contrat à l'Ordre ;
  • un remplacement temporaire, assuré par un confrère inscrit au tableau, et personnel : le contrat lie deux kinés déterminés, pas un groupe ;
  • pendant le remplacement, le remplacé cesse toute activité s'y rapportant, sauf à titre gratuit, et transmet les informations nécessaires à la continuité des soins.

Le contrat de remplacement ne peut pas être conclu entre une société d'exercice et un kiné : compte tenu du caractère personnel du remplacement, il se conclut directement entre l'associé remplacé et le remplaçant. Il n'existe pas de durée maximale, mais un remplacement qui s'éternise peut être assimilé à de la gérance, interdite par le code de déontologie.

Qui encaisse, pendant un remplacement

L'Assurance Maladie tranche le sens du flux, et il surprend souvent : tes actes et tes honoraires sont comptabilisés au nom du kiné que tu remplaces, et c'est lui qui te verse ensuite une rétrocession d'honoraires. Tu prends sa situation conventionnelle, ses feuilles de soins et ses tarifs — en barrant son nom, en ajoutant le tien et en précisant ta qualité de remplaçant, faute de carte CPS remplaçant.

Pour ta comptabilité, cela change tout : tes recettes professionnelles sont les rétrocessions que tu reçois, pas les honoraires que tu as générés. Les deux montants n'ont pas la même valeur, et c'est le premier qui entre dans ton résultat, donc dans tes cotisations.

Assistant libéral

L'assistant exerce aux côtés d'un titulaire, sans lien de subordination, mais renonce expressément à se constituer sa propre patientèle. S'il souhaite en développer une, l'Ordre invite les parties à conclure plutôt un contrat de collaboration libérale, mieux encadré sur ce point.

Un contrat d'assistanat n'est pas pour autant un contrat au rabais : le Conseil national a érigé en clause essentielle une stipulation reprenant, pour l'assistant, les principes de congé d'accueil d'un enfant applicables aux collaborateurs libéraux.

Collaborateur libéral

Le collaborateur participe à l'activité professionnelle d'un confrère, le titulaire, sans lien de subordination, et peut développer sa propre patientèle. Ce n'est pas un contrat de travail.

En application de la loi du 2 août 2005, le contrat de collaboration libérale doit, à peine de nullité, être écrit et préciser quatre choses :

  1. sa durée, déterminée ou indéterminée, avec son terme et ses conditions de renouvellement ;
  2. les modalités de la rémunération ;
  3. les conditions d'exercice de l'activité, et notamment celles dans lesquelles le collaborateur peut satisfaire les besoins de sa clientèle personnelle ;
  4. les conditions et modalités de rupture, dont un délai de préavis.

Deux règles qu'on découvre souvent trop tard. D'une part, les conditions de collaboration doivent être renégociées après quatre années de collaboration : c'est une protection pour le collaborateur. D'autre part, le contrat type de l'Ordre ne permet une clause de non-concurrence que si le titulaire rachète la clientèle du collaborateur — autrement, celui qui s'installe conserve la patientèle qu'il a constituée.

Titulaire

Le titulaire crée ou reprend un cabinet, seul ou à plusieurs, sous forme individuelle ou en société. C'est le mode où le zonage pèse le plus.

L'Assurance Maladie décrit un zonage à quatre niveaux de dotation — zones très sous-dotées, sous-dotées, intermédiaires et non prioritaires — issu de l'avenant 7 à la convention nationale. En zone non prioritaire, le conventionnement n'est accordé que si tu assures la succession d'un confrère ayant cessé définitivement son activité dans la zone : le principe d'un départ pour une installation. L'avenant 7 a introduit des cas dérogatoires, à faire préciser par ta caisse. Et ces dispositions n'entrent en vigueur qu'après la publication des arrêtés de zonage par chaque ARS : la date varie d'une région à l'autre.

En zone très sous-dotée, ce sont des contrats incitatifs qui s'appliquent : voir le guide des zones très sous-dotées et le zonage de ta commune.

Exercer seul ou à plusieurs. L'Assurance Maladie distingue les sociétés de moyens (SCM, GIE), qui mettent en commun locaux, matériel et personnel, des sociétés d'exercice (SCP, SEL) qui peuvent aussi partager les honoraires. Attention à la frontière : une SCM ne permet ni partage des honoraires, ni patientèle commune, seulement une contribution aux frais communs, et elle ne peut conclure elle-même aucun contrat de collaboration, d'assistanat ni de remplacement.

Ce que l'Ordre attend de tout contrat

Quel que soit ton mode d'exercice, quatre obligations reviennent :

  • l'écrit. Les contrats liés à ton exercice doivent toujours être constatés par écrit. Un contrat oral est impossible.
  • la communication au conseil départemental. Tu es tenu de communiquer tous les contrats établis dans le cadre de ton exercice. Le contrôle porte sur leur conformité au code de déontologie, et le défaut de communication d'un contrat ou d'un avenant constitue une faute disciplinaire.
  • la déclaration d'absence de contre-lettre. Elle accompagne obligatoirement le contrat transmis : tu déclares n'avoir convenu avec ton cocontractant aucun accord secret contredisant le contrat signé.
  • ton numéro d'inscription à l'Ordre, inscrit sur chaque contrat. Il permet aussi de vérifier que ton cocontractant n'exerce pas illégalement — s'engager avec un professionnel en exercice illégal constitue une complicité.

Dans tous les cas

  1. Mets à jour ton inscription auprès de l'Ordre du département d'exercice : voir le guide de l'Ordre.
  2. Fais informer ton conseil départemental avant un remplacement, et transmets ton contrat.
  3. Déclare ton activité sur le Guichet unique : voir Déclarer son activité.
  4. Prévois tes cotisations : quel que soit le mode, elles sont calculées sur ton revenu. Pour un collaborateur ou un assistant, c'est l'encaissement moins la redevance et les frais ; pour un remplaçant, l'assiette part des rétrocessions reçues, pas des honoraires générés. Voir les dépenses à prévoir.
  5. Utilise les contrats types et l'outil de l'Ordre, dans leur version la plus récente, et fais relire ton contrat avant de signer.

Questions fréquentes

Un contrat de remplacement peut-il être conclu à l'oral ?

Non. L'Ordre rappelle qu'en application du code de la santé publique, les contrats liés à ton exercice professionnel doivent toujours être constatés par écrit. Un contrat oral n'est pas une souplesse, c'est une irrégularité.

Que se passe-t-il si je ne transmets pas mon contrat à l'Ordre ?

Le défaut de communication des contrats ou de leurs avenants au conseil départemental constitue, selon l'Ordre, une faute disciplinaire. Le contrôle vise à vérifier la conformité du contrat au code de déontologie.

Après un remplacement, puis-je m'installer à côté du cabinet ?

Pas librement. Le code de la santé publique prévoit qu'un kiné qui a remplacé un confrère pendant au moins trois mois, consécutifs ou non, ne doit pas installer son cabinet dans un périmètre où il pourrait entrer en concurrence avec le remplacé, pendant deux ans.

Le titulaire peut-il encaisser les honoraires de son collaborateur ?

C'est risqué. L'Ordre indique que le collaborateur perçoit lui-même les honoraires versés par les patients, puis rétrocède la part prévue au contrat. Un titulaire qui encaisse directement et reverse ensuite pourrait voir le contrat requalifié en contrat de travail, avec toutes les obligations du droit du travail.

Un assistant peut-il se constituer une patientèle ?

Non, c'est la définition même du contrat d'assistanat libéral : l'assistant renonce expressément à se constituer sa propre patientèle. S'il souhaite en développer une, l'Ordre invite les parties à conclure plutôt un contrat de collaboration libérale.

Sources

PilotKiné est un outil de pilotage financier pour les kinés libéraux. Il n'est ni un cabinet comptable, ni un avocat, ni une administration : ce guide informe, il ne remplace pas l'avis de l'organisme concerné ou d'un professionnel qui connaît ta situation.

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